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Littérature dématérialisée contre littérature numérique
Jérôme Laroche, Directeur éditorial d’interactiv’ Books éditions - 17 janvier 2017

Pourquoi une telle question, et est-il réellement nécessaire de différencier « littérature dématérialisée » et « littérature numérique » ?

La réponse est bien évidemment oui ; il est nécessaire de faire une distinction entre ces deux notions.

En réalité, il s’agit autant de répondre à cette question que de positionner notre ligne éditoriale dans la masse des nouvelles initiatives qui réunissent pêle-mêle des notions aussi diverses que variées telles que technologie, format, contenu, support, « littérature », narration etc. Toutes ces notions font déjà l’objet d’âpres débats et cela n’est pas prêt de s’arrêter ; à plus forte raison si elles sont qualifiées : technologie propriétaire, format numérique, contenus intra ou extratextuel, support fixes (amovible, modulable…), narration linéaire (transmédia, augmentée…). Et on pourrait aller très loin si on le voulait !

Depuis le lancement de notre projet, j’ai toujours reçu des encouragements et de la bienveillance de la part de mon entourage proche, de mes collaborateurs et de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans cette aventure. Mais dans leur regard et parfois leur discours, il y a toujours le même refrain, qu’ils semblent s’échanger et reprendre en cœur parfois : « ça marcherait carrément mieux si les livres produits étaient édités multiplateforme… et puis le livre papier a encore de beaux jour devant lui, et blablabla et blablabla ». Certes je ne suis pas borné (bon allé peut-être un peu sur les bords) et j’entends bien tout cela. Je me suis bien évidemment moi-même posé ces questions avant de poser les base de notre concept.

Qu’il soit donc entendu dès le départ :

« notre objectif n’est pas, n’a jamais été et ne sera probablement jamais de proposer des livres simplement dématérialisés ! »

Quel intérêt, pour quelle plus-value ? De nombreux éditeurs le font très bien, de plus en plus d’auteurs s’autoéditent de cette manière ; grâce notamment à tous les outils qui permettent cette dématérialisation.
Tous les jours, de nombreux articles sont rédigés sur ces sujets : ici un article pour promouvoir une plateforme, souvent au détriment d’une autre d’ailleurs ; là on « casse » un produit ou une technologie pour faire comme tout le monde ; ou bien encore on fait « waow » sur un truc que l’on-a-pas-tout-compris-comment-ça-marche-mais-qui-a-l’air-super ! (excusez du peu). Mais peu ou prou, la majorité des nouveautés dans le domaine de l’édition « post-papier » se résume à ces quelques cas de figures :

Un nouveau support (liseuse par exemple) mais qui « attention ! » est compatible avec 90% des productions actuelles (plus flou comme accroche tu meurs…).

Une nouvelle plateforme de distribution de fichiers compatibles avec tous les OS disponibles ! Mais la petite histoire ne dit jamais qu’en réalité le rendu final sera bien différent d’un OS à un autre (d’une version d’un OS à une autre) ; et sur un même OS, encore différent d’un appareil, ou d’une marque à l’autre.

Une nouvelle formule de « partage de fichiers », la plupart du temps via un système d’abonnement, source bien souvent de nouveaux formats exclusifs nécessitant d’en passer par un site, une application spécifique ou que sais-je encore (je vous fait grâce de mon sentiment sur la rémunération des auteurs dans ces cas précis soit dit en passant…).

La dernière innovation du géant « X » ou « Y » qui va révolutionner (enfin !) la littérature numérique et/ou dématérialisée ! A moins qu’en réalité il ne s’agisse que d’un test pour voir, et qu’après le buzz on passe à autre chose et que l’on rigole entre nous en regardant le résultat…

Mais rentrons donc dans le vif du sujet, pourquoi numérique et dématérialisé sont-ils tous les deux utilisés pour qualifier la littérature ?


Parce qu’en définitive la vraie question serait plutôt de savoir comment nous en sommes arrivés à confondre ces deux qualificatifs de la littérature ? Pour répondre à cette question simple au premier abords, un petit crochet par la case définition de la dématérialisation s’impose.
La dématérialisation passe par des procédés (parfois) très différents, ce qui génère au final des contenus aux formats tout aussi différents. Et le combat de tous les acteurs du secteur sans aucune exception n’a qu’un seul but, aboutir à un standard afin d’imposer dans la foulée un appareil ou une technologie qui leur garantira la plus grosse part possible d’un très juteux marché. Nous savons toutes et tous que ce combat de Titan ne cessera jamais ; et c’est tant mieux car au final c’est cette émulation qui créé le progrès, à tout le moins une certaine évolution. 

Mais alors nous, iBe dans tout cela ? 

Et bien nous, nous sommes partis de ce qui existe déjà (à quoi servirait-il de créé encore plus de division ?) et nous avons fait le choix de créer des œuvres numériques dans l’acceptation la plus large que l’on veut bien donner à ce terme. L’idée n’est donc pas de proposer un contenu dématérialisé mais plutôt un contenu numérique 2.0 et idéalement #transmedia. Et de tirer ainsi parti de tout ce qu’offre la plateforme de développement que nous avons choisi, en l’espèce, celle d’Apple et plus précisément iBooks Author. Plutôt qu’un long discours abstrait, conceptualisons à la volée un projet « Alpha » comme illustration de notre démarche.

Etape (brique) 1 : un roman au format numérique (en l’occurence dématérialisé).
Pourquoi au format numérique ? Vous, vous n’avez pas suivi ce que j’ai écrit plus haut ! Numérique car porteur en son sein de spécificités et de caractéristiques modernes, novatrices et originales.

Etape (brique) 2 : un site internet dynamique dédié.
Support de base et complément idéal pour apporter du contenu sans en passer par une mise à jour systématique du livre numérique mais également pour profiter de tout ce qu’offre le net (réseau sociaux, blogs, web App dynamique, évènementiel etc.).

Etape (brique) 3 : création d’un podcast dédié.
Exemple : prenons le cas d’un roman dans lequel un personnage mystique s’adresserait à l’héroïne de l’histoire (exemple fortuit je vous l’assure). Un podcast pourrait permettre à cette voix de s’exprimer directement aux lecteurs du roman. Moins mystique, l’auteur pourrait réaliser des lectures de certains passages (inédits ou pas d’ailleurs). Les possibilités sont infinies.

Vous commencez sans doute à comprendre ou je veux en venir… de par l’approche « transmédiatique » de nos projets, une multitude de briques sur autant de supports différents, même physique, peuvent voir le jour !

Etape (brique) 4 : une série de BD’s.
Certains évènements, simplement évoqués dans les supports précédents, pourraient faire l’objet d’adaptations graphiques, enrichissant ainsi l’œuvre en cours.

Etape (brique) 5 : une pièce de théâtre.
(pourquoi pas !) Imaginons qu’un personnage suscite un intérêt particulier et que l’on décide d’en faire l’acteur principal d’une pièce de théâtre.

Etape (brique) 6 : un jeu de rôle.
Une communauté de fans pourrait décider de se réunir et de créer un jeu de rôle sur la base de l’Univers créé !

Etape (brique) 7 : Des œuvres vidéo.
Des teasers, des bandes annonces ou des vidéo tuto pour apprendre aux lecteurs des astuces de navigation, d’exploration, de navigation pourraient être réalisées. Et pourquoi pas une production vidéo plus ambitieuse…

A ce stade, nous semblons n’avoir qu’une succession de projets interconnectés sur des supports parfois très différents.

Pour qu’un « auditeur » puisse bénéficier d’une vision d’ensemble la plus complète, quelle solution envisager ?
Pour réponde à cette ultime question, reprenons nos « briques » dans l’ordre :

Brique 1 : Le livre ?
Disponible sur l’appareil ciblé bien entendu, dans notre cas un appareil pommé.

Brique 2 : Le site ?
Accessible depuis le navigateur de l’appareil (liens à l’intérieur du livre possible), tiens la majorité des liseuses sont déjà exclues ! Si tôt, quel dommage…

Brique 3 : Un podcast ?
Pas de problème, j’ouvre l’application ad hoc. Mieux ? Les contenus audio peuvent prendre place sur le site internet dédié, voir être nativement intégrés à l’intérieur du livre numérique ; déjà l’appellation d’œuvre numérique semble prendre un sens bien plus probant.

Brique 4 : Une série de BD ?
Cette brique peut subir plusieurs traitement, édition papier collector puis édition numérique, et non pas simplement dématérialisée (ça y est vous commencez à comprendre le principe !). Ces bandes dessinées pourrait par exemple contenir, à l’instar du livre numérique, quelques widgets actifs. Mieux, certaines planches pourraient être directement interconnectées voir intégrées dans les autres supports numérique (livre bien évidemment mais également le site).

Brique 5 : une pièce de théâtre ?
Intégrable ? Oui bien sûr, la version textuelle (connectée ou non aux autres briques) mais pourquoi pas une version filmée lors d’une représentation avec des bonus (interview, coulisses etc.) et disponible sur YouTube ou d’autres plateformes de diffusion, et pourquoi pas à l’intérieur du livre (encore et toujours).

Brique 6 : un jeu de rôle ?
Pas intégrable ? Bien sûr que si ! Pourquoi ne pas envisager une application de gestion de jeu de rôle qui serait installé sur les appareils compatibles et qui pourrait, pourquoi pas, se lancer directement depuis le livre !

Brique 7 : Des œuvres vidéo ?
Exploitables de la même manière que la brique 5.

Tout cela n’est pas le futur ou irréalisable ! Rien de ce qui se trouve dans ces différentes étapes (et d’autres que nous gardons sous le coude) n’est impossible et nous travaillons ardemment à la réalisation de toutes ou partie de ces briques pour nos projet en cours et ceux à venir !

Notre objectif est de proposer à nos lecteurs de se laisser guider dans ces Univers riches et denses et, à l’image de notre propre Univers, en constante évolution avec la possibilité, à tout moment, de faire une découverte furtive, fortuite, improbable et/ou inédite… En gardant à l’esprit soit dit en passant que nous privilégions avant toute chose le texte dans l’ensemble de ces briques.

L’on pourra toujours arguer que tout cela est faisable sur d’autres tablettes, et bien d’autres OS que ceux d’Apple mais au risque de me répéter, nous avons fait le choix d’iBooks Author comme outil de création de livre numérique. Cette application permet toutes les fantaisies et autorise l’intégration de tous les types de briques évoqué plus haut. D’autant que depuis les dernières versions d’iOS, il est possible de rendre totalement transparent le switch entre applications et qu’il est très facile de retourner à l’endroit du livre où nous nous trouvions avant de partir découvrir d’autres horizons.

Pour conclure, et compte tenu de tout ce qui vient d’être dit plus haut, nous œuvrons donc à produire de la littérature numérique (3.0 ?) et non de la littérature dématérialisée. Et que plutôt que de partir d’un format de diffusion pour aboutir, in fine, à du contenu dématérialisé, nous avons fait le choix de partir d’un support existant et de voir ce qu’il permettait de créer. Apple, malgré un écosystème dit fermé (notion qu’il serait intéressant de redéfinir, car avec autant de millions d’utilisateurs, cet écosystème est-il vraiment si fermé que cela - pour ceux qui s’en refuse l’accès, sans doute ? Si la réponse est oui alors nous sommes tous des prisonniers… à l’échelle de la planète ! Tout n’est qu’une question de point de vue. L’emprisonnement est-il une question de taille de cellule ou de condition de vie à l’intérieur de la prison considérée - vaste question - ?), ce qu’Apple donc disais-je, met à la disposition de chacun de ses utilisateurs : un outil de création extrêmement puissant quoi qu’en apparence très simple (ce qui le dessert sans doute) et gratuit. Ha ! je n’oublie pas le boycotte d’IBA à sa sortie ainsi que du « boudage (pour ne pas dire boycotte) » généralisé de ce riche écosystème dès le début par l’ensemble du monde de l’édition française dès sa sortie (qui a parlé des données utilisateurs ?). En tout état de cause, lorsque l’on regarde l’iBooks Store de nos jours, on est rassuré de le réconciliation :)

Dans un prochain article à paraître, nous illustrerons cette conception en utilisant La Voix des Highlands comme support pédagogique. Ce sera d’ailleurs l’occasion de faire le point sur ce projet en particulier mais également sur nos autres productions actuelles et à venir.


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